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Les amis du néerlandais - Vrienden van het Nederlands

Est-il réellement rentable de traverser la frontière pour faire ses achats?

24 Février 2017 , Rédigé par Les amis du néerlandais - Vrienden van het Nederlands Publié dans #Lu pour vous

Julie est étudiante en master. Dans le cadre de son séminaire sur la frontière, elle a rédigé ce petit article que nous vous laissons lire

Introduction

Tabac, alcool, essence .... Il est aujourd'hui un constat facile à faire : Beaucoup de frontaliers traversent les frontières pour acheter ce genre de produits à des prix défiant toute concurrence. Ce phénomène ne date pas d'hier, et déjà nos grands-parents n'hésitaient pas à traverser les postes de douanes pour acheter en francs belges certaines denrées rares en France. L'ouverture des frontières, l'espace Schengen puis l'Europe sont venus appuyer cette pratique et ancrer dans nos esprits de frontaliers français que l'herbe était très certainement plus verte de l'autre côté. Il n'a alors plus était seulement question d'aller acheter son beurre ou ses cigarettes chez nos voisins, l'équipement de la maison, les loisirs, les voyages... Tout semble moins cher au delà de la frontière.

Mais est-ce aussi simple ?

Problématique

Il est des croyances qui ont la vie dure sans pour autant être vraie. On peut légitimement se poser la question quant à la rentabilité de réelle de faire ses courses en dehors de son pays. Et quelques indices m'ont amenée à me poser cette question.

A commencer par l'état actuel des échanges commerciaux entre la France et la Belgique. Les rapports du gouvernement expliquent par exemples qu'en 2014 la France a été le premier client de la Belgique mais également son troisième fournisseur.

A l'inverse, la Belgique est le deuxième client mais également le troisième fournisseur de la France. (source : Banque Nationale de Belgique et Douanes Françaises). Cela nous démontre d'emblée que les échanges nationaux sont bilatéraux et presque égaux. Pourquoi en serait-il tout autrement à la frontière ?

Les échanges ne sont certes pas exactement les mêmes à ces deux échelles différentes mais peut-il réellement exister une telle différence économique ? Je pense qu'il n'est insensé de se poser la question.

D'un autre côté, avec la chance de vivre réellement cette frontière, le simple quotidien vient apporter d'autres interrogations. Certes, nombreux sont les français frontaliers à affirmer acheter des produits moins chers dans le Royaume Belge, mais il n'est pas rare de voir nos voisins venir faire leur shopping à Lille un samedi après-midi ou même la semaine dans les supermarchés français. Si la vie est moins cher en Belgique, pourquoi venir acheter en France ?

Ce qui m'amène à me poser définitivement la question : Est-ce réellement rentable de traverser la frontière pour faire ses achats ?

Plan

En partant de ce constat, à la fois national et local, j'ai décidé de chercher quels étaient réellement les avantages d'un consommateur français puis d'un consommateur belge à traverser la frontière.

Ce constat réalisé, il restera à déterminer l'impact réel sur le quotidien du consommateur et sur son budget en analysant les raisons de ces éventuels écarts s'ils existent

Le tabac

Si on se penche sur le tabac et les cigarettes, le résultat est sans équivoque : la Belgique est bien moins chère. Même si les paquets contiennent une cigarette de moins, dis-neuf contre vingt en France, l’écart de prix est toujours de un à deux euros.

L’autre avantage du Plat Pays, c’est de pouvoir trouver du tabac en vrac, pratique commerciale qui n’existe pas en France. De plus, il est possible d’y trouver des seaux de tabac atteignant les quatre cents grammes, là où la limite française n’est que de quatre-vingts grammes. Le choix du consommateur français est donc clairement facilité.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle de nouvelles limitations ont été mises en place depuis septembre 2015, et ce afin de limiter les abus d’importation. Ainsi la limite de dix cartouches par personne pouvant être ramenées en France a été baissée à quatre.

Le consommateur français a donc un net avantage à se tourner vers l'importation du tabac à l'inverse du consommateur belge.

L'automobile

Le coût moyen d'une voiture est réputé moins chère en Belgique. Cela s'avère vrai, à condition de bien y regarder. Il est en effet assez difficile de trouver un même modèle entre les deux pays.

En effet, le nombre d'équipements tend à être moindre sur une voiture achetée en Belgique qu'en France, il devient alors plus difficile de juger réellement de l'écart de prix. A partir de là, tout va dépendre de l'optique du consommateur. Si son objectif est de payer le moins cher possible au détriment de tout autre condition, alors oui, cela s'avère rentable

L'achat du carburant tout aussi nuancé . On observe que l’écart de prix de l’essence entre la France et la Belgique est en légère faveur pour cette dernière. En revanche, si l’on s’intéresse au GPL, l’écart se creuse davantage, avec une différence d’environ trente centimes au litre, toujours en faveur des pompes belges.

En outre, les prix des pneus se révélaient également bien moins avantageux en France, mais cet écart s’est très largement réduit au fil des années, d’une part grâce aux baisses de prix opérées par les enseignes françaises, mais également grâce à la politique à l'échelle européenne provenant des manufactures qui visaient également à lisser les tarifs.

Le consommateur français n'a au final qu'un avantage restreint à acheter en dehors de son pays, et ce en faisant abstraction des éventuelles contraintes liées au SAV ou à l'administratif, qu'il sera nécessaire de prendre en compte à un moment ou à un autre.

L'équipement et les loisirs

Contrairement aux idées reçues, acheter des meubles en Belgique n’est réellement rentable que si l’on s’intéresse aux enseignes locales. La différence de tarif se fait clairement moins sentir au niveau des enseignes à rayonnement international,

A l'inverse, les biens culturels comme les DVD ou les jeux vidéos sont en moyenne moins chers en France, notamment en raison d'une forte concurrence sur ce domaine entre les enseignes françaises. On peut notamment enregistré des écarts de prix de plus de 30% en faveur de la France.

Le même bilan peut-être dressé pour l'électronique grand public et l’habillement, comme le montre les études de l'organisme Eurostat.

Au final, c'est ici le consommateur belge qui pourrait trouver un avantage à acheter en France.

Le tourisme et les voyages

Toujours en se basant sur les études réalisées par Eurostat, l’hotellerie et la restauraton bénéficient de tarifs plus alléchants en France

Mais à l'inverse, l’industrie du voyage française est nettement concurrencée par celle de sa voisine. Partir de Belgique est généralement bien moins cher, notamment en raison des taxes moins élevées.

Le consommateur français n'a donc pas intérêt à s'attarder dans le plat pays s'il ne veut pas engloutir ses économies pour se sustenter au cours de sa journée de shopping.

En revanche, il peut trouver intérêt à y acheter ses voyages, même en comptant le coût du déplacement supplémentaire. Une fois encore, il s'agit ici de regarder à l'économie pure et non au confort et aux prestations.

L'alimentaire et les produits du quotidien

Une fois n'est pas coutume, les études de l’organisme Eurostat démontre clairement que la France propose des tarifs sur les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées plus avantageux.

Le prix des sucreries est plus attractif en France, il y a environ 50 centimes de différence par paquet.

Les produits de consommation courante sont également moins chers dans les supermarchés français, ainsi que la lessive, la viande, les produits d'entretien.

Cela représente des dizaines d'euros d'économies lors d'un plein de courses, pour une famille nombreuse cela peut arriver à des centaines d'euros d'économies par mois.

Les Belges représentent d'ailleurs une part significative du chiffre d'affaires des hypermarchés français. Environ 5 millions d'euros traversent la frontière chaque année.

Tableau comparatif de prix de certains produits alimentaires en France et en Belgique (source?)

L'alcool

Concernant la bière, elle est bien entendu moins chère en Belgique qu'en France, sauf concernant certaines productions françaises. On y trouve également plus de diversité, avec entre 50 centimes et 1€50 de différence consignes comprises.

Le constat est plus mitigé concernant les autres alcools, notamment le vin ou le whisky. Ces produits sont même généralement plus chers qu'en France.

En revanche, plusieurs magasins frontaliers proposent de faire le « plein » sans se ruiner comme par exemple Famiflora à Mouscron où l'on peut également acheter du tabac, des fruits et légumes, de la viande, des plantes, de la décoration et faire un tour dans l'animalerie, en jouant sur l'attractivité de leur tarif sur la bière auprès des consommateurs français.

Quelles sont les raisons de ces écarts ?

Au travers de ces différentes comparaisons, nous avons pu déjà observer plusieurs facteurs pouvant influer sur ces différences de prix comme la concurrence intra-muros sur certains marchés (facilement observable sur l'industrie du divertissement en France par exemple).

Les réglementations et politiques économiques jouent également un rôle, comme pour l'industrie du pneu pour se référer aux exemples précédents.

En outre, la France bénéficie d'un avantage au niveau des supermarchés car contrairement à nos voisins belges, nous n'avons pas une taxation sur le plastique aussi importante que chez eux. Donc les produits conditionnés sous plastique, comme l'eau, sont plus intéressants pour les clients belges.

En Belgique, l'étiquetage est multilingue et cela coûte plus cher. De plus, la TVA (21%) est plus élevée qu'en France.

Les coûts salariaux en Belgique sont 18% plus élevés qu'en France et les accises sont plus élevées.

La Belgique comprend également de nombreuses taxes n'existant pas ailleurs comme par exemple la taxe plastique évoquée plus haut.

Quels impacts sur le consommateur au final ?

Selon une étude de l’Observatoire des prix, qui a comparé plus de 60.000 biens identiques (alimentaires ou non) en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, il ressort que, pour un même caddie, le consommateur belge doit dépenser en moyenne 11,7% de plus qu’un consommateur néerlandais, 8,6% de plus qu’un Allemand et 6,5% de plus qu’un Français. Des écarts qui n’ont d’ailleurs fait que se creuser depuis la dernière étude du même Observatoire, datant de 2011.

De plus, cela a également engendré des réglementations comme l'interdiction de pas rapporter plus de 110 litres de bières, plus de 90 litres de vin et pas plus de 800 litres de tabac par personne.

Ces limitations sont certes assez légères mais elles existent au sein d'un espace économique qui a supprimé ses frontières depuis 1999. Les écarts de prix sont donc réels et constatés. Mais sont-ils pour autant la source de réelles économies.

Un bilan en demi-teinte

Nous l'avons vu au travers de ce dossier, la réponse est moins évidente qu'il n'y paraît.

Si l'on devait résumer succinctement nos constations, il apparaît que les produits réputés chers (et surtout taxés) en France sont en effet souvent moins chers chez nos voisins belges, le tabac et l'alcool en première ligne.

Mais à l'inverse, l'alimentaire est nettement plus coûteux.

Le consommateur se voit alors contraint, si son optique est toujours de faire des économies au bas de son ticket de caisse, d'acheter certains produits de l'un ou l'autre côté de la frontière.

Ce qui représente deux, trois voire même quatre magasins différents. Cela augmente donc le nombre de déplacements donc le coût final de revient.

L'économie réalisée peut alors rapidement être engloutie par le coût du carburant utilisé ou du billet de train acheté...

En définitive, est-ce réellement rentable de traverser la frontière pour faire ses achats ?

La réponse finale tend donc à être non si l'on prend tous les éléments en compte.

Mais avec un changement d'habitude de consommation, d'achats en gros et de planification il est possible de s'y retrouver. Mais à beaucoup de contraintes s'opposent finalement peu d'avantages, particulièrement pour le consommateur français frontalier.

Pour lui le « plein » bière/tabac (majoritairement) une fois de temps en temps s'avèrent être le meilleur compromis, surtout en comparaison avec leurs compatriotes qui ne peuvent jouir d'une frontière proche.

En somme un petit bonus plus qu'une réelle alternative, mais ce n'est déjà pas si mal.

 

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