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les amis du néerlandais - vrienden van het Nederlands

"Le néerlandais, c'est l'allemand sans les déclinaisons"

"Le néerlandais, c'est l'allemand sans les déclinaisons"

Ruben in 't Groen fait partie de la trentaine de professeurs de néerlandais en exercice dans le secondaire. Il dresse pour VousNousIls l'état des lieux de l'enseignement de cette langue, et explique sa progression.

Comment en êtes-vous venu à enseigner le néerlandais en France ?

Je suis néerlandais, je réside en France depuis 1996. J'ai commencé à enseigner à l'université Lille-III en tant que lecteur, puis j'ai passé le concours de recrutement, et j'enseigne depuis dans le secondaire. J'ai une décharge le vendredi pour des missions d'inspection, car il n'existe pas d'inspecteur pour le néerlandais.

Quel est le rayonnement du néerlandais dans le monde ? La plupart des locuteurs sont-ils rassemblés en Europe ?

Il y a 16 millions de néerlandophones aux Pays-Bas, 7 millions dans les Flandres et 0,5 million au Suriname, en Amérique du Sud. Ces trois pays ont créé la Taalunie, l'union linguistique néerlandaise. Par ailleurs, l'afrikaans, une forme de néerlandais, est encore langue officielle en Afrique du Sud.

Quels sont les effectifs d'enseignants et d'apprenants en France ?

Nous sommes une trentaine d'enseignants en France pour le secondaire. Il y a des écoles primaires qui initient au néerlandais une demi-heure par semaine, des collèges où le néerlandais est proposé en "LV+" en 6ème et 5ème en complément de la LV1, neuf sections bilangues où le néerlandais s'apprend en sixième en même temps que l'anglais, il est aussi proposé en LV2 et LV3 dans certains lycées...

A la rentrée 2011–2012, 1.239 élèves apprenaient le néerlandais au collège, et 1.011 au lycée. Les effectifs augmentent chaque année depuis 15 ans environ.

Qu'est-ce qui explique la montée en puissance de l'enseignement du néerlandais en France ?

C'est venu d'une volonté politique à la fin des années 90, avec la création du concours, et donc la professionnalisation des enseignants, qui auparavant n'étaient pas reconnus. Cela a contribué à stabiliser l'enseignement de la langue, et à encourager les chefs d'établissements à ouvrir des sections de néerlandais.

Depuis peu, il existe une formation pour les contractuels, et à nouveau un concours interne, ce qui donne une perspective aux vacataires ou contractuels.

Il y a toutefois des limites à notre progression. On peine aujourd'hui à recruter des élèves dans les filières LV3, à cause de la réforme des lycées qui privilégie la série L pour cette option, alors que ce sont les élèves de série S qui supportent le plus facilement trois heures de cours facultatifs par semaine. Il y a aussi des questions de niveau : les grands débutants qui prennent le néerlandais en LV2, en quatrième, sont mélangés avec ceux qui ont commencé au primaire ou en sixième. Même situation avec les élèves des filières bilangues : quand ils arrivent au lycée, ils n'ont pas le même niveau que ceux qui ont commencé en quatrième...

Ces vitesses d'apprentissage différentes ne sont pas faciles à gérer.

Le postbac pose d'autres problèmes. Si un élève qui a fait néerlandais LV2 veut faire un BTS commerce international, on ne lui proposera que de l'anglais ou de l'espagnol. J'ai aussi des élèves qui avaient 16 de moyenne au bac mais se sont fait refuser en classes préparatoires parce qu'ils faisaient néerlandais LV2 !

La prépa économique du lycée Gaston Berger de Lille est maintenant ouverte au néerlandais en première année, c'est une petite victoire mais c'est la seule dans ce cas. Autre grand désavantage : il n'y a pas de cours du CNED. En cas de déménagement, les élèves ne peuvent pas toujours continuer. La seule solution pour eux est de s'inscrire au CNED wallon.

Quelles sont les motivations des élèves ?

Ce sont plus souvent les parents qui choisissent les langues de leurs enfants, car ils sont plus conscients des réalités économiques. Dans le nord de la France, la deuxième langue la plus demandée à Pôle emploi après l'anglais est le néerlandais ! Les échanges avec les Flandres sont très développés.

Du côté des élèves, les motivations peuvent être la famille ou les amis de l'autre côté de la frontière, les clubs ou activités... Pour les LV3, c'est plutôt l'exotisme de la langue : des élèves apprennent le russe ou le japonais, mais ces langues sont difficiles alors certains se disent « pourquoi pas le néerlandais ? ». Enfin, il y a ceux dont les parents sont néerlandophones et qui le font par tradition familiale.

Est-ce que l'apprentissage d'une langue proche, comme l'allemand, est un atout pour l'apprentissage du néerlandais, ou au contraire une source de confusion pour les élèves ?

Comme l'anglais, le néerlandais est en effet une langue germanique. Les Anglais appellent d'ailleurs le néerlandais « Dutch », qui est à peu près le même mot que les Allemands utilisent pour leur propre langue (« Deutsch »). Au Moyen Âge, ces langues n'étaient pas encore très différenciées. Pour rassurer les parents qui nous demandent si le néerlandais est dur à apprendre, on répond que le néerlandais, c'est l'allemand sans les déclinaisons.

Le néerlandais est une langue qui ne pose pas d'obstacles particuliers pour un francophone, ni dans la prononciation, ni dans la grammaire. Mais les élèves qui font LV2 allemand ont évidemment un gros avantage en néerlandais LV3 et comprennent tout immédiatement, contrairement aux hispanistes, par exemple. Ils ont un problème de contraste dans la production : ils utilisent des mots allemands en cours de néerlandais, et inversement. Mais l'enseignant est là pour corriger, et cela se décante petit à petit.

Mieux vaut dire un mot d'une autre langue que ne rien dire rien du tout !

Quentin Duverger

Source : http://www.vousnousils.fr

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