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Les amis du néerlandais - Vrienden van het Nederlands

"Le néerlandais se parle avec un bouchon entre les dents"

8 Août 2012 , Rédigé par Les amis du néerlandais - Vrienden van het Nederlands Publié dans #apprentissage

"Le néerlandais se parle avec un bouchon entre les dents"

En dehors du domaine linguistique néerlandophone, notre langue est populaire.Chaque année 15 000 étudiants l'apprennent souvent loin du pays de Vondel.Qu'est ce qui conduit ces jeunes intelligents, à l'avenir prometteur à apprendre le néerlandais ?

Commençons par les faits bruts. Le néerlandais est une langue indo-européenne, du creuset des langues germano-nordiques et du bas francique. Il est parlé dans deux petits royaumes de l'Europe, dans une lointe enclave d'Amérique du Sud et dans une poignée d'iles tropicales. Cette langue comporte 23 millions de locuteurs et se voit régulièrement maltraitée comme tussentaal (langue intermédiaire)* par ses utilisateurs. Elle est en effet pratiquement prononcée d'une autre manière dans chaque village Flamand. Et par de dessus tout n'a pas encore vu émerger un auteur gratifié d'un prix Nobel de littérature.

Et néanmoins, il existe dans ce monde des jeunes qui ont cette idée funeste d'apprendre le néerlandais. Non pas parce qu'ils veulent émigrer ou par ce qu'ils le doivent, mais parce qu'ils en ont envie. Ils sont dingues pensez-vous ! Mais il ne faut pas le voir comme cela. Selon les derniers chiffres de la Nederlandse Taalunie, 15 000 étudiants dans le monde situés en dehors du domaine néerlandophone étudient la langue à un niveau académique. En outre 400 000 autres personnes étudient le néerlandais à un niveau non universitaire.

Le néerlandais est enseigné dans les universités d'Ankara, Moscou, Shanghai, Tiblissi et Nagasaki. Même à Kemerevo qui est une petite ville située à une centaine de kilomètres de Novosibirk, on enseigne le néerlandais à l'université locale.

Chaque année il en vient une centaine qui suivent à Gand un cursus d'été en langue et culture néerlandaise organisé par le centre universitaire d'enseignement des langues. Ce cursus est aussi ouvert chaque année dans la ville néerlandaise de Zeist et rassemble avant tout des locuteurs avancés. Les étudiants doivent avoir au minimum le niveau B1, une norme internationale qui garantie que le locuteur a un niveau de compréhension. Pendant ce cursus , les étudiants reçoivent trois semaines ininterrompues de cours de langue et culture néerlandaise.

Il faut encore faire du stretching ...

Apprendre le néerlandais Cela se fait avec un bouchon entre les dents. Nous nous retrouvons pour une séance de prononciation du néerlandais dans laquelle les étudiants corrigent leur prononciation en petit groupe. Cette classe de 33 personnes a collectivement serré un bouchon dans les dents de devant. Ces personnes rassemblées : Français, Tchèques, Slovaques, Sud-Africains, et Allemands se regardent mutuellement en pouffant de rire.

"Regardez droit devant" ordonne la logopédiste Bernadette Timmermans qui comme professeur de voix conduit les leçons de prononciation sur la bonne voie. "Lorsque vous vous voyez mutuellement, vous éclatez de rire".

Les étudiants reçoivent une série de mots à écouter qui pourraient même faire tomber Wagner de son cheval. Avec le bouchon fermement en place, les étudiants se cramponnent : Rijksstudietoelage. Semipermanente gebouwen. Radioomroepbestel. Doofstommeninstituut....Strookkartonindustrie. Verkeersbrigadiertjes...

Des mots que vous et moi pourrez utiliser un jour, n'est-ce pas ? Avec un certain sentiment d'ironie, les étudiants déroulent cette liste, le bouchon serrés entre les dents.

"il faut le considérer comme une sorte de gymnastique" explique Bernadette Timmermans, à l'écart du déroulement de l'exercice. "C'est un exercice de stretching des organes vocaux qui permet aux étudiants de prononcer les voyelles de manière plus ouverte. Plus vous prononcez les sons ouvertement, plus vous serez compris facilement."

Lorsque les étudiants enlèvent leur bouchon, la technique semble fonctionner merveilleusement bien. "Le blé espagnol a supporté l'ouragan", Jan Becaus ne ferait pas mieux.

La prononciation est pour beaucoup d'étudiants un point d'énervement. Et avant tout pour les francophones pour lesquels les leçons de prononciation sont une torture pour le moins à cause du problème classique du "w". "Vos "g" et "ch" sont vraiment terribles" rit l'ukrainien Liubov. "Pour ma première leçon de néerlandais, j'ai eu pendant une semaine entière mal à la gorge." Aussi les deux sons génèrent la panique chez les débutants. Les étudiants d'origine slave ont des difficultés avec la distinction entre les "u" et les "oe", parce que la distinction n'existe pas dans leur langue natale. Et il y aussi les "ng" et "sch" soulèvent des difficultés même pour des étudiants consciencieux.

"Intérêt économique"

Le néerlandais est donc une torture pour le larynx et autres organes vocaux, mais cela ne peut pas manifestement gâcher le plaisir. Car il existe des raisons d'apprendre le néerlandais."Le néerlandais est économiquement intéressant car c'est une petite langue." déclare Riccardo Valentini, qui étudie le néerlandais à Trieste. "il y a seulement quelques personnes qui en dehors de la Belgique et des Pays-Bas apprennent le néerlandais, bien que cela soit une langue officielle au Parlement Européen. J'espère avoir plus de chance de trouver un travail même au sein de l'Union Européenne. Trouver un travail en Italie est au contraire très difficile." Pareillement pour la roumaine Ana-Maria le néerlandais est économiquement intéressant. " Il y a en Roumanie beaucoup d'entreprises qui recherchent des personnes parlant bien le néerlandais. Cela rend votre langue intéressante pour eux."

L'Afrique du Sud et l'Indonésie représentent des cas spéciaux. Dans ces deux anciennes colonies néerlandaises, le néerlandais a encore la fonction de langue de référence.

Le système juridique indonésien est basé sur des anciens textes de lois qui sont toujours rédigés en néerlandais. Beaucoup d'étudiants indonésiens étudient donc le néerlandais dans le cadre de leurs études de droit. Il y aussi la canadienne Anna Shamaeva qui pense pouvoir continuer d'apprendre le néerlandais. "J'apprends le néerlandais parce que je veux faire des études de sciences politiques. Les centres d'études de Belgique et des Pays-Bas sont très appréciés".

Au fond existe donc de bonnes raisons. Certains sont fascinés par la culture néerlandophone. D'autres cherchent une langue supplémentaire pour mettre sur leur CV et choisissent donc le néerlandais. D'autres encore voyagent souvent en Belgique et aux Pays-Bas et se révèlent intrigués par la langue étrangère que la population locale vocalise. Certains encore ont une liaison amoureuse avec une personne néerlandophone.

La grammaire

Apprendre le néerlandais ne marche pas comme sur des roulettes. Excepté les révulsantes difficultés de prononciations, il existe aussi dans le néerlandais des problèmes d'une autre nature. "Les verbes séparables" dirent pratiquement tous en cœur les étudiants lorsqu'on les interrogea sur les plus grandes difficultés de notre langue. "Le pronom "er" est aussi horrible" dit Juozas, un lithuanien qui étudie en Italie. "Il l'emploie partout, c'est pénible !"

Le fameux accent flamand déplait aussi à la majorité des étudiants. Pour les étudiants qui sont habitués à des enseignants néerlandais, c'est toujours difficile même si cela leur plait.

"Je comprends vraiment mieux les flamands qui parlent un plus beau néerlandais que les néerlandais." précise Juozas.

Un des problèmes les plus importants rencontré dans l'apprentissage de notre belle langue est l'article. C'est un problème majeur pour les Turcs, Slaves (à l'exception des bulgares) et des Hongrois qui dans leur langue ignorent les articles. Au delà, il existe deux types d'articles déterminés ce qui est pour chaque étudiant résonne comme une charge de cavalerie. "C'est très important de savoir quel article je dois employer" insiste Tom de Moor, qui assure un enseignement aux étudiants du plus haut niveau. "Lorsque je ne le sais pas, je prononce des choses comme "le jeune fille qui est en train de jouer" et non seulement je commet une faute mais de surcroit je passe pour un enfant."

Heureusement, pour pratiquer ces leçons de grammaire, il existe quelques règles qui permettent de sortir de l'état maladif et de mettre les articles à la bonne place. Ou cependant un petit peu... :

Les couleurs, langues, et métaux prennent le "het" comme article du neutre.

Les personnes, les professions, les saisons, les oiseaux, insectes, fruits et légumes prenent par contre le "de" comme article du genre masculin/féminin.

Il y a l'exception de witlof (l'endive) qui malgré son appartenance à la catégorie légume adopte le "het".

Les points cardinaux prennent le "het"sauf à Gand où tout le monde parle de "de Zuid" (le Sud).

Bagatelle pensez-vous, car en ce moment les experts des langues deviennent créatifs.

Les mots qui commencent par ge-, ger-, ou be- et deux syllabes prennent le "het".

Il y a l'exception de "gebuur" parce que cela représente une personne : le voisin.

Les mots se terminant par -ing, -heid, prennent l'article "de" avec malgré tout l'exception de la terminaison -ding.

Les mots finissant par -iek, -nis, -st et -te prennent le "de" mais aussi avec les exceptions de "publiek", "tennis", "asbest", "orkest", "gewest" et "roest" qui prennent donc l'article "het".

Nous l'apprenons comme ceux qui apprennent le néerlandais.

La langue intermédiaire (Tussentaal)

Comme cette visite au cours de néerlandais nous le montre, ce n'est donc pas une mission impossible. Il y a des individus qui parlent un très bon néerlandais : Il y a Anton qui est moscovite, mais qui après ses 4 années d'étude apparaît comme un vrai sénior avec l'authentique "a" anversois. "J'ai appris le néerlandais en regardant "Matroesjka"" dit-il en souriant. "Une série hilarante". Après ses quatre années, Anton parle si couramment, et beaucoup mieux que des locuteurs natifs, qu'il en néglige sa langue. Il utilise des expressions du dialecte. "Vraiment, il se débrouille très bien" ajoute Tom de Moor. Mais il doit néanmoins faire attention. Lorsqu'il travaille comme interprète dans une situation formelle, la Tussentaal (langue intermédiaire) est hors de propos.

Source : Knack, traduction du néerlandais M.E.

Pour lire l'article en néerlandais https://www.box.com/s/mojh1ohmhrunvxr83upx

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